Le cochon qui nage et le cochon sous vide

#Écologie #Culture et langue bretonnes

lecture de Florence Massa

Au pardon de Lanriot,
Après les bateaux de pêcheurs, bénis par notre dame,
Après les grands-mères et leurs coiffes, qui traversent à la rame,
Il arriva qu’on jette un cochon à la flotte.

C’était à l’heure des jeux,
des courses de godilles,
Quand les gars et les filles,
Las des travaux des champs et des voyages en mer, se relâchaient un peu.

Le cochon qu’on gagnait,
On pouvait le manger :
Il pouvait bien nager,
Son futur était fait.

Quelques humains ronchons,
Heurtés par la course brutale,
Y virent souffrance animale :
On cessa donc les courses de cochons.

Les bestiaux désormais sont cachés
Au fond des porcherie :
Ils vivent arrachés
Aux bonheurs de la vie.

Personne ne sait plus
Comment vivent les porcs,
Et puisqu’on les ignore,
On n’y pense même plus.

Et pourtant l’air de rien,
Une vanne grande ouverte,
Une odeur de purin,
Ou quelques algues vertes,
Rappellent aux humains
Que pour faire du jambon,
Il faut quelques cochons.

Leur douleur, invisible,
Rejaillit sur le monde.
C’est une odeur immonde
Qui révèle l’indicible :

Les cochons que l’on cache
Souffrent au moins tout autant
Que ceux que l’on détache
Et qu’on jette au courant.

— Alexis Fichet